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Taxe de séjour et TVA en Croatie : Sanja Barisic, fiscaliste, répond à vos questions

Pourquoi le montant réclamé à l'arrivée diffère-t-il du prix affiché sur la plateforme ? Qui perçoit réellement la taxe de séjour croate, et comment fonctionne la TVA sur une location courte durée ? Sanja Barisic, fiscaliste spécialisée en droit du tourisme à Zagreb, détaille pour les locataires français ce que recouvrent exactement ces montants souvent mal compris.

Portrait de Sanja Barisic, fiscaliste spécialisée en droit du tourisme à Zagreb
Sanja Barisic
Fiscaliste spécialisée en droit du tourisme et de la location courte durée — cabinet de conseil basé à Zagreb.

Sanja Barisic conseille depuis plus de dix ans des propriétaires et gestionnaires croates sur leurs obligations fiscales liées à la location saisonnière, notamment la taxe de séjour municipale et le régime de TVA applicable aux courts séjours. Elle intervient aussi comme formatrice auprès d'agences immobilières pour clarifier, à destination d'une clientèle internationale, ce que recouvrent exactement ces montants souvent mal compris par les voyageurs étrangers.

Réserver une location en Croatie donne rarement l’impression de signer un acte fiscal. Pourtant, entre le prix affiché sur la plateforme et le montant réellement payé au propriétaire, deux prélèvements interviennent systématiquement : la taxe de séjour et, selon les cas, la TVA. Beaucoup de locataires français découvrent ces lignes budgétaires seulement à l’arrivée, parfois avec la désagréable impression d’être « rattrapés » par des frais qu’ils n’avaient pas anticipés. Pour clarifier ce que paie réellement un voyageur et pourquoi les prix finaux varient autant d’une annonce à l’autre, nous avons interrogé Sanja Barisic, fiscaliste basée à Zagreb, qui accompagne au quotidien propriétaires et agences dans leurs obligations déclaratives.

Q1 : Qu’est-ce que la taxe de séjour croate et comment est-elle calculée ?

Sanja Barisic : La taxe de séjour, appelée boravišna pristojba en croate, est une redevance touristique locale que tout hébergeur enregistré doit percevoir auprès de ses clients et reverser à la collectivité concernée. Elle se calcule par personne et par nuitée, et non par logement ou par réservation. Le montant unitaire n’est pas fixe à l’échelle du pays : il varie selon la commune ou le comté où se situe le bien, et selon la période de l’année. La haute saison, qui court globalement de juin à septembre, applique un tarif plus élevé que la basse saison. C’est cette variation géographique et saisonnière qui explique une partie des écarts que les voyageurs constatent entre deux annonces pourtant comparables.

Concrètement, un couple qui séjourne une semaine dans un appartement en pleine saison sur la côte dalmate paiera un montant cumulé de taxe de séjour sensiblement plus élevé qu’une famille louant le même type de bien en dehors de la période estivale. Cette logique récompense d’ailleurs indirectement les séjours hors saison, déjà avantageux sur le prix du logement lui-même.

Q2 : Cette taxe est-elle incluse dans le prix affiché ou payée sur place ?

Sanja Barisic : Les deux pratiques coexistent, et c’est précisément ce qui crée de la confusion chez les voyageurs. Certains hébergeurs, en particulier ceux qui travaillent avec de grandes plateformes internationales, intègrent la taxe de séjour dans le prix total affiché au moment de la réservation, pour simplifier l’expérience client. D’autres, notamment en réservation directe avec un propriétaire indépendant, préfèrent l’indiquer séparément et l’encaisser à l’arrivée, en espèces ou par carte.

Aucune des deux méthodes n’est en soi anormale, mais un locataire prudent doit systématiquement vérifier, avant de payer l’acompte, si la ligne « taxe de séjour » apparaît explicitement dans le détail des frais ou si elle est censée être incluse. En cas de doute, une simple question écrite au propriétaire — « la taxe de séjour est-elle comprise dans le prix affiché ? » — permet d’éviter toute surprise à l’arrivée. Je recommande d’ailleurs vivement de garder une trace écrite de cette réponse, par message ou par courriel, pour pouvoir s’y référer en cas de désaccord.

Q3 : Comment fonctionne la TVA sur la location courte durée en Croatie ?

Sanja Barisic : La TVA est un prélèvement de nature totalement différente de la taxe de séjour. Il s’agit d’un impôt national qui s’applique au chiffre d’affaires généré par l’activité de location, sous certaines conditions liées au statut du loueur : un particulier louant occasionnellement un seul bien n’est pas nécessairement dans le même régime qu’une agence professionnelle ou un propriétaire multi-biens dépassant certains seuils d’activité. Quand la TVA s’applique, elle est en principe déjà intégrée dans le prix affiché par le professionnel, car c’est à lui, et non au locataire, qu’incombe l’obligation de la collecter et de la reverser à l’administration fiscale croate.

Pour le voyageur, la conséquence pratique est simple : contrairement à la taxe de séjour, il est rare que la TVA apparaisse comme une ligne distincte réclamée séparément à l’arrivée. Si un propriétaire tente de facturer une « TVA » supplémentaire sur place, en dehors du prix convenu, c’est un signal qui mérite d’être clarifié avant tout paiement additionnel, car cette pratique s’écarte du fonctionnement habituel du dispositif. Pour construire un budget réaliste intégrant l’ensemble de ces frais, notre guide pour budgéter une location pas chère détaille les postes de dépense à anticiper, taxes comprises.

Q4 : Pourquoi deux annonces similaires affichent-elles des prix finaux très différents ?

Sanja Barisic : Plusieurs facteurs se cumulent. D’abord, le statut fiscal du loueur : un propriétaire particulier et une agence professionnelle ne sont pas nécessairement soumis aux mêmes règles de TVA, ce qui peut créer un écart de plusieurs points de pourcentage sur le prix final. Ensuite, la localisation précise du bien : la taxe de séjour varie d’une commune à l’autre, y compris entre deux villages voisins sur la même côte. Enfin, la politique commerciale de chaque hébergeur : certains choisissent d’afficher un prix « tout compris » incluant taxes et frais de service, quand d’autres préfèrent un prix de base plus attractif à l’affichage, quitte à ajouter les taxes ensuite.

Pour comparer deux annonces de façon fiable, je conseille systématiquement de demander, avant de réserver, une estimation du montant total incluant toutes les taxes applicables, plutôt que de se fier au seul prix de première page. C’est la seule méthode qui permette une comparaison réellement équitable entre deux offres.

Calculatrice, petite pile de pièces en euros et facture imprimée sur un bureau, symbolisant le calcul de la taxe de séjour
Calculatrice, petite pile de pièces en euros et facture imprimée sur un bureau, symbolisant le calcul de la taxe de séjour.
Bon à savoir : deux prélèvements, deux logiques distinctes

La taxe de séjour est municipale, calculée par personne et par nuit, et varie selon la commune et la saison. La TVA est nationale, liée au statut fiscal du loueur, et généralement déjà intégrée au prix affiché lorsqu'elle s'applique. Confondre les deux conduit souvent les locataires à mal interpréter un écart de prix qui a en réalité une explication simple.

Q5 : Existe-t-il des réductions pour les enfants ou hors saison ?

Sanja Barisic : Oui, sur la taxe de séjour spécifiquement. La plupart des communes appliquent une exonération totale ou une réduction significative pour les enfants jusqu’à un certain âge, qui peut varier légèrement d’une localité à l’autre. Au-delà de cet âge, un tarif réduit s’applique parfois jusqu’à l’adolescence, avant le passage au tarif adulte plein. Pour une famille nombreuse séjournant plusieurs semaines, cette réduction peut représenter une différence notable sur la facture totale, et il est tout à fait légitime de demander au propriétaire le détail exact du barème appliqué à chaque membre du foyer avant l’arrivée.

Sur la saisonnalité, le principe est le même que je mentionnais plus tôt : les tarifs de basse saison sont mécaniquement inférieurs à ceux de haute saison, ce qui vient renforcer l’attractivité budgétaire des séjours en juin ou en septembre, déjà avantageux sur le prix du logement lui-même.

Q6 : Comment un locataire peut-il obtenir un reçu officiel de ces taxes ?

Sanja Barisic : Un hébergeur enregistré en règle doit être en mesure de délivrer un reçu détaillant les sommes perçues, y compris la part correspondant à la taxe de séjour. Ce document n’a pas besoin d’être élaboré : une facture ou un reçu mentionnant clairement le nombre de nuits, le nombre de personnes assujetties et le montant unitaire appliqué suffit à démontrer la conformité du calcul. Je recommande aux locataires de demander ce document systématiquement, même sans anticiper de litige particulier, car il constitue une preuve simple en cas de contestation ultérieure, par exemple si le montant réclamé change entre deux échanges avec le propriétaire.

Un hébergeur qui refuse catégoriquement de fournir ce type de reçu, ou qui devient évasif lorsque la question est posée directement, doit éveiller la vigilance du locataire sur la légitimité globale de la location, bien au-delà de la seule question fiscale. Cette exigence de traçabilité rejoint d’ailleurs celle qui s’applique au contrat de location et à la caution : c’est souvent ce document qui précise, noir sur blanc, la répartition exacte des frais entre le prix du séjour et les taxes locales.

  • Demander un reçu mentionnant explicitement le nombre de nuits et de personnes assujetties
  • Vérifier que le montant unitaire correspond à la saison et à la commune concernées
  • Conserver ce document pendant toute la durée possible d'un recours
  • Comparer ce reçu avec le détail des frais annoncé lors de la réservation
Famille de touristes à la réception d'un petit hébergement côtier croate recevant un reçu imprimé d'un hôte souriant
Famille de touristes à la réception d'un petit hébergement côtier croate recevant un reçu imprimé d'un hôte souriant.

Q7 : Que faire si le montant réclamé sur place ne correspond pas à l’annonce ?

Sanja Barisic : La première étape est de demander une explication écrite avant de régler le moindre supplément. Il est fréquent qu’un écart s’explique simplement : une taxe de séjour qui n’était pas incluse dans le prix affiché, ou un nombre de personnes assujetties différent de celui prévu initialement. Une fois cette explication obtenue, si elle ne correspond toujours pas à ce qui avait été annoncé, demandez un document écrit détaillant le calcul, et comparez-le avec les échanges de réservation conservés.

Si le désaccord persiste malgré ces échanges, et si la réservation est passée par une plateforme, signalez le différend directement à celle-ci : elle dispose généralement de ses propres procédures de vérification. En réservation directe, sans intermédiaire, la meilleure protection reste la trace écrite systématique de tous les échanges avant paiement, ce qui permet, en dernier recours, de faire valoir ses droits auprès d’un professionnel du droit si le montant en jeu le justifie.

Alerte : ne jamais payer un supplément sans explication écrite préalable

Un propriétaire qui réclame un montant supplémentaire non détaillé, sans reçu ni explication écrite claire, ne doit jamais être payé sans avoir obtenu au préalable un document justificatif. Cette règle simple évite la grande majorité des différends liés aux taxes locales.

Q8 : Ces règles changent-elles selon que l’on réserve via une plateforme ou en direct ?

Sanja Barisic : L’obligation de percevoir la taxe de séjour et, le cas échéant, d’appliquer la TVA s’impose à l’hébergeur quel que soit le canal de réservation. Ce qui change, en revanche, c’est le niveau de transparence et de traçabilité pour le locataire. Sur une grande plateforme, le détail des frais est souvent formalisé et consultable avant paiement, ce qui limite les ambiguïtés. En réservation directe avec un propriétaire indépendant, ce niveau de formalisme dépend entièrement de la rigueur de l’hébergeur : certains sont parfaitement transparents et fournissent facture et reçu sans qu’on ait à les demander, d’autres beaucoup moins.

C’est pour cette raison que je conseille systématiquement aux locataires qui réservent en direct de poser, par écrit, les questions relatives aux taxes avant tout versement d’acompte, en gardant les mêmes exigences de traçabilité que celles offertes automatiquement par les grandes plateformes.

Ce qu’il faut retenir avant de réserver

Le tableau suivant résume les points essentiels à distinguer avant toute réservation en Croatie.

PrélèvementNatureCalculGénéralement inclus au prix affiché ?
Taxe de séjour (boravišna pristojba)Redevance municipale/localePar personne et par nuit, selon commune et saisonVariable selon l’hébergeur, à vérifier systématiquement
TVAImpôt nationalSur le chiffre d’affaires du loueur, selon son statut fiscalLe plus souvent oui, quand elle s’applique

Avant de signer ou de verser un acompte, gardez à l’esprit cette liste de vérifications simples, qui permet d’éviter la quasi-totalité des mauvaises surprises budgétaires liées aux taxes.

  1. Demander si la taxe de séjour est incluse dans le prix affiché ou payée sur place
  2. Vérifier l'âge à partir duquel les enfants sont assujettis à la taxe de séjour
  3. Comparer deux annonces uniquement sur la base d'un prix total incluant toutes les taxes
  4. Exiger un reçu détaillé mentionnant nuits, personnes assujetties et montant unitaire
  5. Conserver tous les échanges écrits relatifs au calcul des taxes avant paiement

Ce travail de vérification rejoint d’ailleurs une logique plus large de prudence budgétaire : mieux vaut consacrer quelques minutes à clarifier ces montants avant de réserver que découvrir un écart à l’arrivée, dans un contexte où la négociation devient nécessairement plus délicate.

Une fois le logement choisi et les taxes clarifiées, la question de la couverture des risques reste entière : un dégât, une annulation ou un imprévu ne sont pas couverts par la simple conformité fiscale du loueur. Notre article sur ce que couvre l’assurance location permet de compléter cette préparation budgétaire par une vision claire des protections disponibles avant le départ.

Enfin, la vigilance sur les taxes locales n’exempte pas de la vigilance sur les moyens de paiement eux-mêmes. Une fois le montant total confirmé, taxes comprises, il reste à choisir la méthode la plus sûre pour régler la caution ou le solde du séjour : notre guide pour payer sa caution en toute sécurité détaille les options les plus fiables pour éviter tout désagrément supplémentaire une fois la question fiscale réglée.

En résumé

La taxe de séjour et la TVA obéissent à deux logiques distinctes : une redevance locale calculée par personne et par nuit d’un côté, un impôt national lié au statut du loueur de l’autre. Comprendre cette distinction permet d’anticiper les écarts de prix entre deux annonces, de poser les bonnes questions avant de réserver, et d’exiger systématiquement un reçu détaillé qui protège le locataire en cas de désaccord. Cette rigueur, minime en apparence, évite la grande majorité des mauvaises surprises financières constatées à l’arrivée en Croatie.

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